L'ignorance coût plus cher que l'information-2

L’économie et le crowdfunding : Les théories de l’information

L’information est la base de toute stratégie d’investissement. De sa qualité et de sa dissémination découleront par exemple le taux de rendement. En ces termes, le crowdfunding reste une particularité puisqu’il ambitionne de répandre une information autrefois confidentielle pour des rendements au moins équivalents. Dès lors, il nous sembla pertinent d’étudier ce mode de financement sous l’angle des théories économiques de l’information. L’intérêt bien sûr étant de savoir dans qu’elle mesure cela rejoint les mécanismes effectivement mis en place par les agents impliqués.

De l’inefficience du marché

Commençons par une notion primordiale qu’est l’asymétrie d’information. Les économistes y font mention lorsque dans un jeu donné, tous les agents ne disposent pas de la même quantité d’information ce qui se reflète dans les décisions prises. En l’occurrence, l’entrepreneur saura toujours plus que les investisseurs. Ce point est d’autant plus accentué par le fait que les entreprises en early-stage soient notoirement difficiles à jauger. Qui plus est, l’aspect innovant souvent associé à un manque de revenus rend la chose encore plus difficile à évaluer même pour les non-profanes.

De la perspective de l’agent rationnel, ce premier biais de l’information complète suffit à déclencher un rabais sur la valeur réelle de la société. Autrement dit, ce rabais correspondrait à ce qu’il serait prêt à débourser pour résoudre cette incertitude. Un second point bien plus spécifique aux plateformes de crowdfunding vient s’ajouter à ce premier constat. En effet, une plateforme dans sa version basique n’offre aucun suivi post levée de fonds. L’engagement de l’entrepreneur à mener le projet à bien est alors sujet à la confiance que l’on veut bien lui accorder. Certes, une baisse de motivation de l’instigateur du projet ne représente qu’une faible probabilité, mais c’est une probabilité qui suffit à créer ce hasard moral que redoutent les assureurs. De nouveau, l’investisseur le compensera en appliquant un rabais supplémentaire au juste prix.

Viennent ensuite les entrepreneurs qui ont aussi accès à cette information et la prendront en compte dans leurs décisions. En sachant que leur firme aura tendance à être déprécié a priori, ils pourraient être moins enclins à la proposer au financement participatif, en particulier s’ils ont une idée précise du juste prix et du juste rendement. Par conséquent, les plateformes se retrouveraient avec des projets encore plus incertains nécessitant plus d’attention. D’où un rabais supplémentaire exercé par l’investisseur. Dans les faits, c’est un cas de sélection adverse qui expliquerait pourquoi le crowdfunding aurait du mal à sortir du cadre des projets en seed funding.

Mitiger le risque

Si tant est que tout ceci soit corroboré par la pratique, nous pouvons au moins faire l’hypothèse que les plateformes de crowdfunding ont su trouver les moyens de minimiser ces risques. L’évidence veut que l’essentiel de la valeur réside dans le rééquilibrage de l’information. C’est d’ailleurs l’objet des due diligences qui accompagnent chaque projet mis en ligne.

Pour en revenir à la théorie, c’est ce que les économistes qualifieraient de signal dont le but est d’assurer la qualité. À titre de comparaison, ce serait l’équivalent d’un label Bio sur une pomme. Notons encore que l’ambition d’un tel document n’est pas réellement de garantir le succès d’un projet mais plutôt de tendre vers une symétrie. En effet, Il existe toujours une éventualité non négligeable que l’on se rompe en toute bonne foi. Puis arrive le problème du hasard moral. Pour cela, de plus en plus de plateformes joignent des services d’accompagnement destinés à supporter la startup même après la levée de fond. Le succès devient donc fonction des sorties réussies et non du volume levé. À cela s’additionne, l’option consistant à lier l’investissement à une assurance contre une probable faillite notamment. Le risque associé au hasard moral est dans ce cas transféré à l’assureur plus habitué à gérer ce genre de chose. Le résultat est que la sélection adverse précédemment mentionnée devrait donc mécaniquement s’atténuer.

En somme, voir le financement participatif comme un jeu mêlant entrepreneurs, investisseurs et gestionnaire permet de mette en avant les inefficiences de ce marché. Néanmoins, l’inefficience de marché n’est pas synonyme de faible gain. Au contraire, cela suppose qu’il est possible pour l’investisseur d’être mieux informé que ses pairs et d’en tirer profit. Ce constat était déjà vrai pour les investissements dans les startups en général ; en y ajoutant les biais supplémentaires avancés par le crowdfunding, la théorie indiquerait donc un renchérissement de la valeur de telles informations et des rendements liés.

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